Retour à Baghlān
Devons repartir à Baghlān pour finir de régler un problème délicat. Prévoyons de voyager léger et en prévenant le minimum de personnes. C’est un réel plaisir de refaire la même route quelques jours plus tard, ayant repéré les endroits dignes d’être photographié, il est plus aisé de capturer ces images depuis la voiture.

Au bord de la route, un mausolée tout neuf et d’un bleu éclatant vient d’être érigé par un groupe de passagers en hommage pour le conducteur d’un bus dont les freins avaient lâché et repartait en arrière s’est couché sous les roues pour l’arrêter. Sa manœuvre courageuse a été une réussite mais lui a couté la vie. Voici un exemple du dévouement aveugle et total dont les gens de ce pays sont capables. Pour le bien de la communauté, la plupart du temps, mais selon les circonstances, pour tout ce que l’on peut leur demander. Faisons la réunion en question, durant laquelle il m’est permis d’approfondir ma conscience du fossé culturel et psychologique qui sépare nos façons de penser, de réagir ou d’appréhender les événements. Cette région est fortement politisée et le nœud des jeux influences entre les éléments gouvernementaux, religieux, communautaires et d’affaires est aussi embrouillé et facile à manier qu’un nœud gordien dans lequel on aurait inséré un mikado géant et suspendu des clochettes. Ajoutons à cela le fait que bien que faisant partie d’un organisme généralement bien accepté, nous sommes clairement perçus comme des étrangers de passage pour un temps limité, qui ne peuvent pas comprendre la façon de faire locale. Notre marge de manœuvre est assez limitée. Retournons à la guesthouse de la fondation, retrouvons nos petites habitudes d’il y a quelques jours à peine, à quoi nous ajoutons une nouveauté : le bureau sous les étoiles avec connexion satellitaire (à condition que le récepteur soit placé sur la tête de Shams).
