Voyage à Bamyan
Lundi 4 septembre. L’Aventure commence vraiment : Nous prenons la route pour Bamyan à bord de la Landcruiser avec pique-nique et bagages. Quand je dis route, cela ne dure qu’une heure et quelques. Ensuite, nous empruntons ce qui est pourtant un des axes principaux de l’Afghanistan mais qui n’est dans la pratique qu’une piste en terre, cailloux, poussière, trous monumentaux et bosses. Amir notre chauffeur est un virtuose et il surfe, anticipe les obstacles et contourne les difficultés. S’ensuivent 7 heures de grand huit, de soubresauts, d’arrêts pour croisements difficiles et de passages spectaculaires et vertigineux.
Tout au long du parcours, nous traversons des villages, longeons des champs. Partout des enfants jouent, rient, vont à l’école, aident les parents dans les cultures ou gardent leur troupeau de moutons, chèvres, ânes et veaux. Les adultes moissonnent le foin, récoltent le blé, les oignons et les pommes de terre ou encore tiennent boutique de toute sorte de marchandises.
Sur la route, nous doublons et croisons beaucoup de camions lourdement chargés des marchandises les plus diverses. Et toujours un coup de klaxon pour signaler notre présence et remercier d’avoir cédé le passage. Pour avancer à un bon rythme, il faut pratiquer le forcing courtois.
Nous faisons une halte juste en dessous du col de Shibar, près d’une source qui nous permet de laver le raisin acheté en route et pique-niquons tout près d’un troupeau curieux gardé par des enfants malicieux. Après le col, le paysage s’élargit et ressemble à la steppe puis se resserre dans des gorges accidentées et chaotiques au moment de la redescente.


L’arrivée sur Bamyan surprend. Ce lieu connut mondialement n’est qu’un village composé d’une rue bordée de petits commerces et un groupement de petits hameaux dont celui des ONG sur le plateau au dessus. Cette capitale régionale est surtout tournée vers l’agriculture et l’élevage. La falaise, tristement célèbre depuis la destruction des Boudhas qui s’y lovaient depuis 1600 ans, est visible de partout. A part ces deux plaies béantes, on y voit une multitude de niches et cavités jusqu’à des hauteurs impressionnantes. Toutes les montagnes et collines environnantes sont d’ailleurs également perforées de milliers d’anciennes habitations, échoppes et autres abris. Après un premier contact avec notre programme sur place, nous prenons nos quartiers dans la Guesthouse de la Fondation qui nous apparaît luxueuse et spacieuse en comparaison de celle de Kaboul. Mardi 5 septembre. Partie professionnelle une grande partie de la matinée pendant que Daniel vagabonde dans les champs parmi les enfants et les troupeaux (et attrape un coup de soleil). Ensuite nous grimpons ensemble sur la colline sur laquelle se trouvait la citadelle de Gholghola qui fut détruite par les hordes de Gengis Khan et utilisée comme point dominant par toutes les armées qui se sont succédées depuis. Encore aujourd’hui, il vaut mieux rester sur le chemin indiqué par quelqu’un qui connait pour éviter les mines. Aussi spectaculaire que les Boudhas, cet enchevêtrement de ruines est cependant totalement ignoré et continue à se délabrer sans qu’aucune recherche archéologique ou préservation ne soit entrepris. Pourtant sous les amoncellements de pierres est encore enfouie toute la richesse des gens qui s’y étaient réfugiés.
Après midi, nous rendons visite à 3 de nos emprunteurs, une commerçante de la rue principale, une famille de fabricants de tapis et un groupe de 6 familles d’éleveurs de bétail. Partout l’accueil est chaleureux, digne et les gens sont fiers de présenter leur activité et de raconter leur parcours. Beaucoup sont revenus après avoir fuit les combats et n’ont rien retrouvé à leur retour mais ne baissent pas les bras.
Continuons par la visite en touriste de la niche du « petit » boudha (il faisait quand même 38 m de haut) et des innombrables cavités qui l’entourent. Nous arborons pour l’occasion un casque et devons promettre d’être très prudents car l’endroit bien que sécurisé, est encore profondément marqué par les destructions et la nature même de la roche constituée de galets agglomérés n’est pas des plus solides. 
Nous gravissons ainsi un escalier vertigineux, passons dans des galeries entre diverses niches occupées dans les temps jadis par des moines chinois qui les ont ornées de fresques peintes que l’on peut encore deviner par endroit. Ce parcours nous permet également d’admirer la vue sur la vallée et de nous faire accompagner par des gamins qui ont fait de ces ruines leur terrain de jeux.

Cette journée exceptionnelle se termine autour d’un thé avec biscuits et sucreries chez l’une de nos prêteuses, entourée de son mari, d’un de ses 5 garçons et du grand-père qui nous propose même de nous héberger pour la nuit. Toute cette gentillesse est sincère et spontanée sans être pesante. Vraiment des gens attachants. 